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Tout le monde est au taquet, il semble difficile d’en demander plus. De ce point de vue-là, ton président a un discours rassurant : « Il ne s’agit pas de travailler plus car je sais que vous travaillez déjà beaucoup mais il s’agit de travailler autrement pour produire plus. » C’est la nouvelle variante du célèbre « travailler plus pour gagner plus ». Car même en étant dans la moyenne des tribunaux, il faut quand même sortir plus de dossiers ; d’abord parce que les objectifs fixés par le gestionnaire parisien [le Conseil d’Etat] sont en légère hausse chaque année, ensuite parce que, sous la pression, les tribunaux en queue de classement vont forcément remonter la pente. Donc la moyenne nationale va augmenter, c’est mathématique. Ton président n’ambitionne pas que ton tribunal rejoigne la tête du classement mais il voudrait qu’il reste dans la moyenne.

La discussion tourne vite court. Comment sortir plus de dossiers sans travailler plus, si ce n’est en consacrant moins de temps à chaque dossier ? La quantité, au détriment de la qualité. Tu te souviens d’ailleurs d’une inspection qui avait eu lieu dans les locaux de ton tribunal il y a quelques années et au cours de laquelle, dans la restitution qui avait été faite à l’ensemble du personnel, les inspecteurs avaient déclaré sans vergogne que l’essentiel n’était pas de juger bien mais de juger vite, que les justiciables se moquaient de la qualité de tes jugements, la seule chose qui les intéressait étant d’avoir une solution à leur litige et que l’appel était là pour rattraper tes inévitables erreurs.

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“Le clan des portes fermées” , Pea chez Maître Eolas, 4 juin 2009

Pea, juge administratif, explique comment la pression du manque criant de moyens couplée à la nécessité statistique aboutissent à diminuer l’efficacité de la justice administrative. Un mouvement de grève était prévu à cause d’une réforme supprimant un des intervenants de procédures administratives traditionnellement collégiales, toutefois il semble que celui-ci n’ait pas été fort suivi.

Maître Eolas a quand même recueilli une douzaine de témoignages de personnels des juridictions adinistratives, la série commence par cette brève introduction : “Journée du 4 juin”