Hier avait lieu la énième “journée de mobilisation” de l’année décrétée par “l’union sacrée” syndicale. Comme on pouvait s’y attendre, ces rassemblements sont maintenant d’une faible ampleur. L’impression de syndicats qui refusent à tout prix la grève et interdisent à cette “union” la possibilité de peser politiquement est plus présente que jamais. La désaffection lors des “journées de mobilisation” est bien le symbole de leur magnifique échec, et les paroles de leurs dirigeants montrent que ces derniers se posent moins de questions que jamais.
Comme à l’habitude, les dirigeants des plus grosses centrales syndicales se sont exprimés abondamment dans les médias. Ils ont témoigné à cette occasion de leur flagrante incapacité à comprendre ce qui se passe chez ceux qui étaient venus aux premières manifestations nationales.
François Chérèque, pour la CFDT : “L’essentiel de cette journée, c’était de marquer le coup, de dire avant l’été, avant la rencontre avec le président de la République on doit aller plus loin, faire avancer les choses”Voilà, François Chérèque est content, il a marqué le coup avant l’été. Pourtant, celui-ci n’a obtenu aucune concession générale de la part d’un gouvernement qui a intelligemment désamorcé les conflits dans les secteurs les plus “sensibles” . Rien depuis les piécettes accordées suite au 19 janvier. Quedalle. Ne doutons pas que Nicolas Sarkozy saura payer le patron de la CFDT de ses bons mots habituels lors de leur prochaine rencontre, et il aurait tort de s’en priver vu l’élimination préventive par Chérèque de l’idée même de grève, car les salariés le lui disent, à lui, que “ce n’est pas une grève qui règlera leurs problèmes” .
Bernard Thibault, pour la CGT : “C’est manifestement en dessous de nos attentes. C’est la cinquième initiative nationale, médiatiquement peu d’informations ont circulé et les centres d’intérêts étaient ailleurs. Il y a aussi le sentiment aussi que du côté syndical tout le monde ne parle plus d’une même voix, ce qui peut démobiliser.”C’est presque mieux que la citation de Chérèque. Ainsi, c’est le manque d’unité qui serait la cause principale de la désaffection brutale des “journées de mobilisation” , sachant qu’en filigrane ce sont les syndicats partisans d’un durcissement d’un mouvement pour l’instant très mou - pour le moins - qui sont ici désignés. On retrouve là les paroles que la CGT de mai 68 n’aurait certainement pas reniées, elle qui déjà à l’époque crachait sur des étudiants et mouvements ouvriers désignés comme coupables de ne pas suivre les consignes et donc d’affaiblir le syndicalisme en le court-circuitant. C’est ce qu’on retrouve aujourd’hui, avec des syndicats désignés comme “peu solidaires” et risquant de mettre par terre tout ce bel édifice “unitaire” qui joue élégamment le rôle de cache-sexe de différences profondément politiques.